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La Grande Reconstruction, Arras, ville nouvelle !

La Grande Reconstruction, Arras, ville nouvelle !

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Les entrepreneurs et les ouvriers

Les entrepreneurs et les ouvriers

Les entrepreneurs

Louis Peulabeuf exploita les possibilités du ciment armé puis du béton armé. En 1924 il posa les fondations – en béton armé – de l’Hôtel de ville. Il employa jusqu’à 800 personnes.  Citons aussi les entreprises Deneuville et Vandecasteele.

 

Attention : la paternité de la structure en béton armé de l’Hôtel de ville revient au Bureau d’études Pelnard-Considère-Caquot (voir articles "Les bureaux d'études en béton armé")

 

 

 

Son courrier mentionne l’emploi du béton et du  ciment armé :

 

source : archives municipales

 

Des plaques sont visibles sur certains immeubles. Ici au 16 et 18 boulevard de Strasbourg ;   le siège social de son entreprise se situait au n° 18.

 

 

Louis Peulabeuf, sculpture d'Augustin Lesieux, 1927

 

 

La Société d’Entreprises de Constructions et Travaux publics d’Arras était aussi un intermédiaire pour l’établissement du dossier de dommage de guerre auprès de la Commission cantonale avec l’assistance d’un architecte. Elle était alors en charge de l’exécution des travaux du programme d’application immédiate.

 

(source : archives municipales)

 

la plaque de cette Société est apposée au 16 rue Saint-Nicolas (Wacquez-Glasson), 1922 (photo ci-dessus)

 

 

L’ancienne usine Haultcœur-Lamiral située 14 et 16 rue Jeanne-d’Arc est le nouveau siège social de la Société d’entreprises de construction et travaux publics d’Arras. Elle emploie en 1920 plus de 900 ouvriers.1

 

Ci-dessous : le personnel de la Société d’entreprises de constructions et travaux publics d’Arras, 19 mars 1919

(source : Archives départementales du Pas-de-Calais)

 

 

L’entreprise Paindavoine et Collignon remporta le marché de déblaiement des décombres. (voir article "Arras, Ville martyre" chapitre "Les problèmes de la Reconstruction"). Puis elle est devenue la Société de Construction de Chemin de fer et de Travaux publics, comme le montre la plaque apposée sur le chantier de la photo ci-dessous.

(collection Jean-Claude Leclercq)
détail

 

Le nom de l'entreprise s'affiche sur la gare en reconstruction, sur la partie droite de la photo, en l'agrandissant. (source : médiathèque municipale)

 

Du déblaiement des décombres à la construction de chemins de fer il n'y à qu'une voie de 0,60 :) puisque celle-ci était utilisée dans toute la ville pour dégager les décombres.

Deux voies de 0.60 sont visibles sur cette photographie. (Source : Gallica, agence Rol, 1919)

 

Un des défis de la reconstruction consiste à fournir les matériaux aux artisans, industriels et entrepreneurs.

Ci-dessous, le parc Ronville, magasin du Comptoir central d’achats (service des matériaux), 1922.

(source : Archives départementales du Pas-de-Calais)

 

1 - La Grande Reconstruction, reconstruire le Pas-de-Calais après la Grande Guerre, Archives départementales du Pas-de-Calais, page 194.

 

Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades
Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades

Les entrepreneurs se rappellent à nous avec leur signature sur les façades

« Le boutiquier venait pour faire sa pelote en vendant cher, le manœuvrier pour gagner plus en s’échinant, l’architecte pour toucher de gros honoraires, le paysan pour faire rebâtir sa bicoque et semer son blé, mais tous apportaient leur force, leur endurance, leur foi, ils trimaient pour en tirer leur récompense, ils gagnaient la paix, comme autrefois la guerre, sans en attendre de gloire, et Jacques, qui voyait déjà se niveler les ruines, s’émerveillait que l’homme pût faire de si grandes choses, seulement poussé par ses petits appétits. »

Roland Dorgelès, Le Réveil des morts, Albin Michel, 1923, page 193

Article sur le comptoir central d'achat paru dans le Monde illustré le 24 juin 1922. Macaron : M Marteau, directeur régional du comptoir central d’achats

Article sur la société Saint-Sauveur de constructions métalliques paru dans le Monde illustré le 24 juin 1922.

Les ouvriers

En 1921, Arras comptait 24 835 habitants ; 29 718 en 1926.     12 165 étrangers résidaient à Arras en juillet 1923 (tableau ci-dessous). Ils étaient 5 812 au 1er janvier 1921. La reconstruction exige des compétences diversifiées - terrassier, manœuvre, briquetier, plâtrier, maçon, cimentier, staffeur, électricien - auxquelles la main d’œuvre nationale touchée par une saignée démographique ne peut répondre. Le Service de la main d’œuvre étrangère est créé en 1917.

Pour l’hebdomadaire Le Beffroi d’Arras 1, « ils réparent les ruines de l’horrible guerre ». Le journaliste - sous un style ampoulé - donne cette conclusion xénophobe: « J’aurais voulu pouvoir donner également, dans ce tableau, le nombre exact des respectables sidis [selon le Larousse, terme injurieux et raciste pour désigner un Nord-Africain.] honorant Arras de leur illustre présence… mais il m’a été répondu que ces gentlemen - en qualité de citoyens français - échappaient à la statistique ci-dessus. »

 

citoyens ou sujets hommes femmes enfants totaux
Allemands 2 1 2 5
Autrichiens 1 0 0 1
Belges 6800 500 650 7950
Britanniques 400 55 38 493
Bulgares 8 2 1 11
Espagnols 270 25 32 327
Grecs 15 0 0 15
Hollandais 18 2 2 22
Hongrois 14 1 0 15
Italiens 1600 80 60 1740
Luxembourgeois 22 4 8 34
Marocains 40 0 0 40
Polonais 600 30 55 685
Portugais 400 2 2 404
Roumains 5 0 0 5
Russes 110 4 3 117
Serbes 10 0 0 10
Suisses 150 11 15 176
Tchécoslovaques 35 0 0 35
Divers 80 0 0 80
Totaux 10580 717 868 12165

 

1 - Le Beffroi d’Arras, 13 juillet 1923 et 15 janvier 1925

 

« Dès les communications rétablies, les réfugiés reviennent. En janvier [1919], 6 000 Arrageois ont déjà regagné leur ville envahie par les architectes, les entrepreneurs, les ouvriers de toutes origines. Les Français ne sont plus en nombre ; on fait venir des maçons et carreleurs italiens 1, des manœuvres polonais, des coolies chinois, des noirs, des prisonniers allemands. Tout ce monde de travailleurs déferle sur la ville déjà encombrée par le passage de troupes, par les prisonniers libérés, par les visiteurs français et étrangers. […] La main-d’œuvre étrangère fut d’abord entassée dans les caves du Palais St-Vaast, où voisinaient noirs, jaunes et Allemands. On évacua assez rapidement la main-d’œuvre asiatique qui avait été amenée par les Anglais pendant les hostilités. On établit ensuite les prisonniers de guerre dans un camp situé sur l’emplacement de l’actuelle caserne des gardes mobiles. La nourriture y était si restreinte qu’il était impossible de leur demander un effort continu. Ceux qui avaient la chance de travailler chez des particuliers qui les nourrissaient convenablement se montraient d’excellents ouvriers. […] Les ouvriers pouvaient profiter de trains spéciaux qui les amenaient le matin et les ramenaient le soir de Doullens ou de St-Pol. » (Docteur Georges Paris, Un Demi-siècle de vie arrageoise, 1971, p 64, 65)

1 - De nombreux artisans italiens s’installèrent à demeure à Arras et firent naturaliser leurs enfants. Citons les Vietti, Zucchi, Morandi, Costa, etc…

 

Camp de travail polonais, situé sur l’actuelle cité des Jardins, 1920. Les Polonais occupèrent ces baraquements - propriété du Ministère des régions libérées - jusque 1921. Puis ces baraquements furent remis à la Ville pour y loger « les indigents », les « sans-logis ». Le terrain où fut édifié l’un de ces baraquements dut être rendu libre en juin 1922. (collection privée)

 

 

ci-dessous : ouvriers maçons, 3 août 1928

source : Paul Decaux / Archives départementales du Pas-de-Calais

 

 

"Pour terminer, signalons les obstacles qu'il reste à surmonter.

En première ligne, le défaut de main-d'oeuvre : le nombre des ouvriers spécialistes du bâtiment est tout à fait insuffisant. Très disputée, cette main-d'oeuvre est payée à des prix qui ne sont pas en rapport avec le prix de la vie, non plus qu'avec les salaires d'autres ouvriers, comme par exemple les mineurs. Il suit de là que les prix de la reconstruction restant exagérés, encore à l'heure actuelle, le coefficient est 4,55 par rapport aux prix de 1914, on est loin du coefficient 3, annoncé il y a plus d'un an [...]"

Le Monde illustré, 24 juin 1922, page 28

 

« On se mit à baragouiner toutes les langues, dans les Régions. Quand on apercevait un nouveau compagnon, on se demandait dans quel idiome il fallait lui parler. Un Tchèque faisait équipe avec un Arabe, sous la conduite d’un Italien ou d’un Français, et tous, croyant mieux se faire entendre, se mettaient à hurler, chacun dans son jargon, s’expliquant la besogne avec de grands gestes et se traitant réciproquement de tous les noms. Il y avait bien un moment de désarroi, mais, comme le travail est la seul langue universelle et que le geste éternel de remuer la terre ou d’assembler les briques est le même pour tous les pays, il se trouvait qu’au bout de cinq minutes tout le monde avait compris. »

Roland Dorgelès, Le Réveil des morts, Albin Michel, 1923, page 151

En 1917, la création d'une carte d'identité des étrangers s'applique à 1,5 millions de personnes.

Carte d'identité de travailleur étranger délivrée par le préfet de l'Aube, 1936. (archives départementales du Nord)

 

Le  avril 1917 : la carte d'identité des étrangers

Les travailleurs chinois et la Grande Guerre

Les gouvernements français et britannique pallient le manque de main-d'oeuvre durant le conflit par des conventions avec la Chine autorisant l'envoi de contingents.

Le corps de travailleurs chinois (Chinese Labour Corps) est une force non combattante mais rattachée à l'armée. L'appel aux volontaires fut disséminé par une proclamation publique et par les missionnaires britanniques basés dans les provinces chinoises. La rémunération élevée offerte aux recrues fut suffisamment tentante pour encourager des milliers d'hommes, pour la plupart des paysans pauvres des provinces septentrionales de Shandong et de Cihli à s'engager pour une période de trois ans. Le premier transport de travailleurs chinois se mit en route pour l'Europe en passant par le Canada au début de 1917.

Ces hommes accomplirent des tâches de transport, d'entretien, de constructions cruciales sur le front de l'Ouest.

En 1918, on compte 96 000 travailleurs chinois en France et en Belgique. 

Certaines unités restèrent en France après l'armistice et prirent part au nettoyage des champs de bataille. En mai 1919, 80 000 Chinois seront toujours en France, participant aux travaux de déblaiement des territoires ravagés par les combats.

 

© IWM

Des centaines de travailleurs furent victimes des bombardements de longue portée. Un grand nombre d'autres travailleurs périrent lors de l'épidémie de grippe espagnole en 1919.

2 000 travailleurs chinois (et 1 500 travailleurs indiens) périrent ainsi en servant sur le front de l'Ouest.

A Ayette, au sud d’Arras, l’Indian and Chinese Cemetery compte 80 tombes de manœuvres indiens et de coolies chinois employés près du Front à l’entretien des tranchées et à l’approvisionnement des unités.

 

" Dans le Pas-de-Calais, dix compagnies chinoises sont mises à disposition, soit 4 250 hommes, et interviennent dès les premiers jours de 1919. On a également recours à des Nord-Africains : trois groupements, soit 1 300 hommes, se trouvent à Arras, Béthune et Hesdin, où ils travaillent à la réfection des routes et des chemins. [...] Les travailleurs chinois sont particulièrement mal perçus par les réintégrés. Ceux-ci estiment que les Asiatiques ont un statut en quelque sorte privilégié puisque, grâce au contrat qu'ils ont passé avec le ministère des Régions Libérées, les Chinois obtiennent  logement et nourriture, alors que la population locale doit se les procurer au prix de grands efforts. " 1

1 - Philippe Nivet, Les Réfugiés français de la Grande Guerre, Economica, 2004, p. 519, 520

 

Les travailleurs chinois du Pas-de-Calais

Film Arrivée d'ouvriers chinois

Cimetière chinois de Nolette

 

l’Indian and Chinese Cemetery à Ayette

 

 

 

Cette stèle au jardin de la Légion d'Honneur à Arras, leur rend hommage.

 

Ci-dessous, photographies de fêtes sportives chinoises à Arras, le 13 avril 1919 (barre fixe, jeux, course de sacs, trapèze volant, distribution des prix)

 Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN
 Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN
 Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN
 Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN
 Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN
 Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN

Ministère de la Culture (France) - Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine - Diffusion RMN

« L’après-midi, ils allèrent au camp chinois, où avait lieu une grande fête. Les jaunes avaient édifié, sous bois, une minuscule cité dont les maisons de papier s’allumaient le soir comme des lampions, et des badauds amusés défilaient devant les baraques, décorées de guirlandes, d’étendards et de banderoles couvertes d’emblèmes. Des musiciens installés sur des estrades jouaient de curieux instruments à cordes, dont ils tiraient des sons grinçants, et l’on se bousculait pour voir deux Chinois habillés de soie dorée qui dansaient en criaillant. »

Roland Dorgelès, Le Réveil des morts, Albin Michel, 1923, page 99