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La Grande Reconstruction, Arras, ville nouvelle !

La Grande Reconstruction, Arras, ville nouvelle !

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Fêtes et vie quotidienne

Fêtes et vie quotidienne

La liseuse

« Son [la Française] symbole est la garçonne. Son attribut les cheveux courts. Son territoire la ville. Son utopie la liberté. »

Johanna Zanon,, 1925, quand l'Art déco séduit le monde, Bréon Emmanuel, Rivoirard Philippe (sous la direction de), Norma éditions, 2013, p. 36

 

La nouvelle vie quotidienne se lit sur les bas-reliefs des frontons des façades reconstruites. Ainsi la célèbre liseuse du 10 rue Saint-Aubert, qui était à l'époque la librairie Cauvet.

Les valeurs traditionnelles de la société changent. Les hommes sont massivement engagés dans le conflit ; les femmes s’émancipent, prennent une nouvelle place dans la société. Coiffées à la garçonne, libérées du corset, elles portent des vêtements légers, pratiques des activités sportives, occupent de nouveaux postes à responsabilité… et lisent (elles peuvent passer le baccalauréat en 1924). Ce bas-relief est très avant-gardiste.

Est-ce aussi l’idée que le terreau de la guerre est l’ignorance ?

 

 

Mais après avoir remplacé les hommes en occupant des emplois civils ou dans des usines de fabrication de munitions durant la guerre, les femmes sont invitées à la fin du conflit à retrouver des tâches propres à leur sexe.

La circulaire du 13 novembre 1918 de Louis Loucheur, ministre de la Reconstruction, est sans ambigüité :

« En retournant à vos anciennes occupations ou en vous employant à d’autres travaux de temps de paix, vous serez utiles à votre pays, comme vous l’avez été en vous consacrant depuis quatre ans aux œuvres de guerre. » 1

 

1 - cité dans : Jeanneney Jean-Noël, Guérout Jeanne, Jours de guerre, 1914-1918, les trésors des archives photographiques du journal Excelsior, Edition Les Arènes, p. 497, 2013.

 

Fêtes et vie quotidienne
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Fêtes et vie quotidienne

Les programmes des fêtes communales

La vie tente de reprendre son cours normal... Découvrez des extraits des programmes des fêtes communales, publiés dès 1921.

Le programme de la fête communale de 1921 vous est présenté dans son ensemble. Pour les années suivantes, seules les nouveautés sont mentionnées.

 

Les fêtes d’Arras

Chaque année au mois d’août, la ville vit au rythme des fêtes d’Arras, tradition populaire pour perpétuer le souvenir de la levée du siège d’Arras en 1654.

Les fêtes des années 1920 – 1930 faisaient la part belle à un carnaval (défilé de chars), aux activités sportives (courses cyclistes, épreuves d’athlétisme), à des jeux (javelots, balle au tamis), à la musique.

 

En parcourant ces programmes, vous découvrirez les différentes festivités de l’époque :  le saut du poilu en tenu de campagne, un concours de pigeons voyageurs (programme de 1921) ; un concours de manœuvre de pompes à incendie, une fête aérostatique, des grandes courses vélocipédiques (programme de 1925) ; un championnat des garçons de café, un jeu de cruche cassée (programme de 1930) ; des concours de motocyclettes et de bicyclettes fleuries (programme de 1933) ; une course de trottinettes et une course aux anneaux (programme de 1936)… Telles étaient les façons de s’amuser !

 

« En août 1920, la fête d’Arras, interrompue pendant six ans, put être reprise, pour la plus grande joie des Arrageois et surtout des jeunes enfants qui avaient été privés pendant tout ce temps des manèges, des baraques de nougat, de beignets et de frites. La foule se pressait aux Allées, plus dense qu’elle n’avait jamais été car la population d’Arras était alors passée de 25 000 à 50 000. En 1923, la fête d’Arras fut rehaussée par la présence du Lord Maire de Newcastle. » 1

1 - Docteur Georges Paris, Un Demi-siècle de vie arrageoise, 1971, p 75

 

1921
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Retrouver réunis les premières de couvertures des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936.

Dans le programme de 1934, il est question de souris et de chats… En voici la légende.

Lorsqu' Arras fut assiégée par Louis XIII, on pouvait lire cette inscription sur l’une des portes de la ville :

Quand les Français prendront Arras
Les souris mangeront les chats.

Après la prise de la ville, on se contenta de retrancher le « p » de prendront, et le vers devint:
Quand les Français rendront Arras
Les souris mangeront les chats.

un rat se cache sous le balcon de l'Hôtel de Ville


 

 

premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)
premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)

premières de couverture des programmes des fêtes communales de 1921 à 1936. (sources : archives municipales)

 

 

Les géants, durant la reconstruction, (nous distinguons l’échafaudage du beffroi en arrière-plan) étaient aussi sortis pour les fêtes. (source : médiathèque municipale)

 

Le couronnement de Notre-Dame-des-Ardents, le 27 mai 1923

Elevée en 1200 sur la place du marché, la chapelle avec sa pyramide, tour haute de 28 m, abritait le reliquaire de la Sainte Chandelle d'Arras. Cet édifice commémorait l'apparition de la Vierge en 1105 deux ménestrels, Ithier et Normand, a qui elle confia, en présence de l'évêque Lambert, un cierge miraculeux pour guérir les habitants du "mal des Ardents". De nombreux malades furent immédiatement guéris.  Une confrérie fut fondée pour entretenir le culte de Notre-Dame des Ardents. Chaque année les mayeurs de cette confrérie entamaient une procession d'actions de grâces. Cette chapelle fut démolie en 1791.

Monseigneur Julien souhaite procéder au couronnement de Notre-Dame des Ardents, le dimanche 27 mai 1923. Avec le concours des autorités civiles et militaires, ce jour devient la fête de la Renaissance d'Arras (l'église Notre-Dame-des-Ardents est la seule église restée debout et ayant gardé son clocher intact).

Monseigneur Julien confie l'exécution d'une couronne à la maison Mellerio, de Paris.

"L'idée d'offrir à la Vierge une couronne d'or et de pierreries provenant de dons spontanés rencontra un tel enthousiasme que l'on put commander à des joailliers parisiens un diadème qui fit alors l'admiration de tous. Une nouvelle statue devint nécessaire pour ceindre la couronne. On la fit plus conforme à la tradition qui voulait que la vierge ait apparu sans l'enfant." 1

 

 

Le programme prévoit des cortèges reconstituant cinq époques de l'histoire d'Arras : l'époque flamande, l'époque artésienne, l'époque bourguignonne, l'époque espagnole et l'époque française.

"La ville fut entièrement et richement décorée, des costumes furent réalisés, cette fête pris une importance sans précédent alors que la ville n'était pas encore totalement reconstruite. Après deux grands offices religieux, un banquet réunit les personnalités religieuses, civiles et militaires. Enfin, le cortège historique reprit les grandes étapes du culte à Notre-Dame-des-Ardents. Cinquante groupes défilèrent en ville. La journée s'acheva avec le couronnement de la statue par le cardinal Dubois tandis que Mgr Tessier, Evêque de Chalons, prononçait le panégyrique. Une plaque évoquant le voeu et la cérémonie fut dressée dans le déambulatoire de l'église, derrière l'autel." 2

1 - Le couronnement de Notre-Dame-des-Ardents, A. Desvignes, 1923

2 - Wiart Laurent, Arras, ville de l'arrière front pendant la Première Guerre mondiale, mémoire de maîtrise, 1996, p.98

 

 

 

 

 

Jongleurs, ménestrels et trouvères, formés par les Orphéonistes d'Arras.

 

 

Les tribunes occupaient tout un côté de la Grand' Place. Longues de 125 mètres, elles pouvaient abriter 900 personnes assises et 2000 personnes debout.

 

 

La pyramide élevée par la Confrérie de Notre-Dame des Ardents mesure 14 mètres de haut. Elle fut conçue sous la direction de l'architecte Jean de Saint-Maurice.

 

Des portes ont été reconstituées, telle celle d'Hagerue, à l'entrée de la rue des Capucins, sous la direction de l'architecte René Trubert.

 

Cette porte édifiée par l'architecte De Saint-Maurice reproduit l'un des portails de l'ancienne cathédrale.
L'architecte Jean de Saint-Maurice voulut reproduire l'un des portails de l'ancienne cathédrale.

 

Porte de la Cité, l'architecte Jean-Louis Sourdeau reproduit le calvaire d'Arras érigé en 1677.

 

Les photographies sont issues du livre "Le couronnement de Notre-Dame des Ardents" consultable à la bibliothèque d'histoire locale de la Médiathèque. La première de couverture reproduite ci-dessus est l'oeuvre de Charles Hollart.

 

 

 

Un carnet de timbre est édité à l'occasion des fêtes du couronnement. (Don de Pascal Levez, merci à Ophélie Gérard, directrice des archives municipales pour son aimable médiation).

 

 (source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)
 (source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)
 (source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)
 (source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)
 (source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)
 (source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)

(source : Gallica / Agence de presse Meurisse et collection Jean-Claude Leclercq pour les deux photos en pleine page)

plaques rappelant le couronnement, église Notre-Dame-des-Ardents

 

Voici une photographie d'une autre fête religieuse, certainement une procession pour les Rameaux.

Petite Place, mars 1929. (collection Jean-Claude Leclercq)

 

Les réclames

Elles sont délicieusement désuètes et nous replongent dans la vie quotidienne, nous permettent de mieux saisir l’époque de la reconstruction : entre l’effroi de la Grande Guerre qui plane encore (les publicités pour les membres artificiels sont nombreuses) et le désir d’évasion.

 

Le mot « superhétérodyne » désigne un récepteur radio à changement de fréquence.

La réglementation de la publicité en faveur de l’alcool n’existait pas encore ! (le « vin tonique régénérateur pour anémiés »)

Pour nos plus jeunes lecteurs : le terme TSF veut dire Transmission Sans Fil et désigne la radio.

Fêtes et vie quotidienne
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Les courriers à entête

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un prospectus (source : collection privée Renée Lefetz)

 

Les billets de nécessité

La pénurie de monnaie et de billet de banque de paiement commence à sévir quelques semaines avant l’entrée en guerre (4 août) : elle résulte de la thésaurisation de la population inquiète de la montée des tensions internationales ; de la réquisition par les pouvoirs publics des pièces en métal précieux. La possibilité d’émissions locales résulte d’un accord entre le gouverneur de la Banque de France et le ministère des Finances.

Des grandes villes et des organismes reconnus comme les Chambres de commerce décidèrent d’émettre des billets dits de nécessité. Le montant des émissions par la Chambre de commerce d’Arras fut estimé à 500 000 francs.

Il y eut deux ou trois émissions en 1914 en coupures de 1 et 2 francs garanties par la municipalité et la Chambre de commerce ; en 1921 celle-ci émit des billets de 25 centimes, 50 centimes et un franc.

(collection Jean-Claude Leclercq)

 

(collection Jean-Claude Leclercq)

 

 

(collection privée)

 

Des jetons ont même été émis par des enseignes privées telle le café de la Paix !

 

Le ravitaillement

« La question du ravitaillement [après l'armistice] s’ajoutait à celle du logement. Un organisme nommé « ravitaillement général » avait été créé pour approvisionner les régions dévastées. Cet organisme fournissait des denrées gratuites mais les commerçants qui les répartissaient exigeaient leur bénéfice. Il est vrai que ces commerçants avaient d’énormes difficultés à vaincre pour trouver les marchandises nécessaires à un tel afflux de population et on peut excuser les augmentations des prix qui en résultaient. Le beurre qui valait 4 francs le kilo en 1914 se vendait 24F. le café avait doublé. L’essence était passée de 0,32F. à 2,50. » 1

1 - Docteur Georges Paris, Un Demi-siècle de vie arrageoise, 1971, p 65

Estaminets, cafetiers et brasseries

 

La légende de cette autochrome indique la présence d'un estaminet reconstitué sur la route de Tilloy à Arras en juin 1919. (source : Collection Archives de la Planète - Musée Albert-Kahn/Département des Hauts-de-Seine)

 

Sur cette capture d'écran du film "Arras" datant de 1919, on distingue l'inscription "Café" sur un baraquement dressé rue Jacques-le-Caron (nous voyons à droite l'actuelle rue Désiré-Delansorne), au pied de l'Hôtel de Ville en ruines. La vie reprend !

 

Ce café-restaurant se situait 10 Grand'Place. (collection Jean-Claude Leclercq)

 

L'annuaire Ravet-Anceau de 1924 ne compte pas moins de 76 cafetiers et... 296 estaminets à Arras !

Ce qui donne - pour une population estimée à 27 000 habitants en 1924 (24 835 en 1921 et 29 718 en 1926) un rapport de un café ou estaminet pour 72 habitants. En 2019, ce rapport est de un café ou bar (selon les Pages jaunes) pour 1 242 habitants.

 

Nous ne connaissons pas la date à laquelle cette photographie a été prise. Cependant, l’hôtel de Strasbourg, sis 9 boulevard de Strasbourg, était encore mentionné dans l’annuaire de 1924. Assurément, son café devait encore avoir pignon sur rue à cette date… (source : médiathèque municipale)

 

 

Estaminet Jules, 47 rue Saint-Géry (Désiré-Delansorne), à l’angle de la rue Gambetta, 1922. L’enseigne porte l’indication « Maison créée en 1846 ». (source : médiathèque municipale)

 

Estaminet Fatoux, angle de la rue d'Amiens et de la rue des Carabiniers d'Artois, mai 1922. (source : médiathèque municipale)

 

Estaminet Lemoine Carpentier, rue Méaulens, 1922. (source : médiathèque municipale)

 

Estaminet rue Saint-Aubert, 1922. (source : médiathèque municipale)

 

Au 5 rue aux Ours on distingue un Tabac. Il était tenu par M Gland. Il y avait-il aussi un café ? - 1922. (source : médiathèque municipale)

 

Estaminet Coiffier, angle de la rue des Trois-Filoires et de la rue de la Cronerie, février 1922. (source : médiathèque municipale)

 

Estaminet Leleu, 24 rue des Trois-Visages, vers 1925 (aujourd'hui le 2 rue aux Ours, en raison d'un changement de nom d'une partie de la rue). L'enseigne "Pompes funèbres générales" : aujourd'hui la pizzeria Le Vidocq

 

Le café de la Paix, place du Théâtre, avant les travaux d'alignement, juin 1922. (source : médiathèque municipale)

 

Le Café de la Paix (angle place du Théâtre et rue Ernestale) était considéré par les Arrageois comme un lieu convivial et un point de rassemblement lors des festivités de la ville. (collection privée)

 

 

Paul Péron tenait deux cafés : au 35 ter rue Gambetta et au 13 – 15 boulevard de Strasbourg (collection du Musée des Beaux-Arts d'Arras)

 

Les brasseries

Les biérologues se réjouissent qu'une bière soit brassée aujourd'hui dans Arras même.

En 1924, Arras comptait douze brasseries !

annuaire Ravet-Anceau, 1924

 

Brasserie Desplanques-Bunoust, 10 rue du Four-Saint-Adrien

 

(collection Hervé Merlier)

 

détail de papier à en-tête
détail de papier à en-tête
détail de papier à en-tête
détail de papier à en-tête
détail de papier à en-tête
détail de papier à en-tête

détail de papier à en-tête

Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)
Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)

Etiquettes de bières brassées à Arras dans l'entre-deux-guerres. (collections Hervé Merlier)

 

réclame du programme des fêtes communales, 1936 (source : archives municipales).

 

 

La brasserie Hannebicque, 4 rue des Portes-Cochères, détruite (source : collection Hervé Merlier).

 

La brasserie Lefebvre, rue d'Amiens (source : collection Pascal Mantel).

 

Dans ce courrier de 1923, le brasseur Hannebicque demande que sa brasserie reconstruite dépasse la hauteur autorisée.

(source : archives municipales)

 

Deux photographies de la brasserie Hannebicque, 2 bis rue des Portes-Cochères, sans date (fonds documentaire Rose-Marie Normarnd)

 

Les brasseries arrageoises dans l'entre-deux-guerres. (carte établie par Hervé Merlier)

 

Les Grandes Grasseries de l’Artois

Quelque 2 800 entreprises de brasserie en France avant 1914 : la guerre détruit presque tout dans la région Nord-Pas-de-Calais…

Avec leurs dommages de guerre, douze brasseurs décident de s’unir : Candelier et Coocke (Bucquoy), Delannoy (Vis-en-Artois), Duquesne (Chérisy),  Fidon (Saint-Laurent-Blangy), Garez (Athies-les-Arras), Veuve Grenier (Saint-Nicolas-lez-Arras), Hary (Roeux), Legroux (Neuvireuil), Norman (Sauchy-Cauchy), Ryckelinck et Sauvage (Croisilles). Leur but : fonder une grande brasserie en Artois, de taille à concurrencer les autres brasseries importantes du Nord-Pas-de-Calais, principalement celles de la grande métropole lilloise ou celles des mines…

C’est une entreprise difficile : la bière a perdu quelque peu de son prestige d’antan : les poilus ont pris l’habitude, pendant la guerre, de consommer du vin, plus économique et de meilleure conservation !

Pourtant, le 1er janvier 1923, les 12 brasseurs concrétisent leur association : les Brasseries réunies de l’Artois sont nées : l’unité bâtie à Roeux en bordure de la voie de chemin de fer Arras-Lille s’étend sur deux hectares, et a une capacité de brassage supérieure à 100 000 hectos l’an !

Cependant, la production ne dépassera jamais les 45 000 hectos : le projet originel était peut-être trop ambitieux, et d’autre part, la brasserie n’a jamais eu sa propre malterie.

En 1931, la famille Doutremépuich, qui brassait à Arras, place Sainte-Croix, là où se trouve

aujourd’hui la Mairie, s’associe à l’entreprise, devenant le principal actionnaire.

L’apogée.

1930-1940 : c’est à cette époque que la brasserie est la plus florissante, produisant alors plus de 40 000 hectos l’an. L’approvisionnement en malt est assuré alors par les Malteries Tooris (Sainte-Catherine), Laurent (Saint-Laurent-Blangy) et Vilain (Dourges). L’eau utilisée est celle d’un puits ayant 103 mètres de profondeur, avec deux pompes imergées à 35 mètres. La pureté de cette eau, qui provient de sources situées en Belgique, aurait pu lui conférer le label « eau de table »…

Quant au houblon, c’est un mélange de différentes variétés : Bourgogne, Alsace, Saaz, Hallertau. Le matériel est imposant : cuves en cuivre de 300 hectos, compresseurs frigorifiques pour la fermentation basse, ce qui était encore peu fréquent à l’époque.

Rachetées par la brasserie Jules Lefebvre et fils en 1945, les Brasseries réunies de l’Artois deviennent les Grandes Brasseries de l'Artois. (texte et photographie d’Hervé Merlier).

 

(collection Hervé Merlier)

 

Cet immeuble de la Grande Reconstruction située 39 rue Saint-Aubert était la propriété de M. Doutremépuich.

 

Le saviez-vous ? Un règlement très ancien de la corporation de la bière : « L’Eswart des goudaliers d’Arras »
La première trace du statut des cervoisiers date de 1268 sous le règne de Saint-Louis (1226 à 1270).

En 1394, le mot bière n’est pas encore inventé, mais un règlement précise les bonnes pratiques de fabrication : « L’Eswart des goudaliers d’Arras ». La qualité de la bière est assurée par les eswarts, des inspecteurs qui agissaient pour le compte des corporations.

Premier statut des cervoisiers

« Pour le bien commun, que tout goudalier brassans Goudale et fâchent leur goulade d’iaue (eau) et de grains sans y mettre autres mixtions et que le grain soit bon, loyal et marchant et qui fera le contraire encouera une amende de : V.s. parisis au proufflet (profit) de l’Eswart du dit mestier. »

source : Jean-Paul Hébert, Dany Griffon, Toutes les bières moussent-elles ?, Editions Quae, 2019, p 24 et 32.

 

La bière, l'or liquide du Nord-Pas de Calais

N'oublions pas le traumatisme des ruines qui a touché les Arrageois de retour dans leur ville anéantie. Plilippe Nivet note : "De désespoir, des réintégrés se réfugient dans l'alcool. Le rapporteur de la Commission des régions libérées, qui se rend le 20 mai 1919 à Saint-Quentin, où 11 000 habitants sont déjà rentrés et vivent dans des conditions difficiles dans cette ville où pullulent les rats, souligne que "l'alcoolisme se développe de façon dangereuse dans ces régions en reconstruction" : il y a 122 débits de boisson, soit 1 pour 90 habitants ; un grand nombre de cas d'ivresse publique est constaté et des plaintes nombreuses sont émises concernant le manque de sécurité le soir".1

1 - Philippe Nivet, Les Réfugiés français de la Grande Guerre, Economica, 2004, p. 488

Noms de rue

Noms de rue à l’époque de la Reconstruction et noms de rue actuels.

Rue de l’Arsenal : rue Aristide-Briand

Rue de l’Avalleau : n’existe plus (elle était dans le prolongement de la rue Doncre : il ne subsiste que quelques mètres).

Cours Baleine : impasse Viviani

Rue des Baudets : rue Briquet-Tailliandier

Rue de la Belle-Image : rue de Justice (une partie)

Rue du Blanc-Pignon : rue Désiré-Bras

Rue des Bouchers rue : Neuve-des-Ardents

Quai-des-Casernes ou place du Marché-aux-Chevaux : cour de Verdun

Avenue de la Citadelle : avenue du Général-Sarrail

Rue des Dominicains : rue du Saumon (une partie)

Rue des Gauguiers : rue du Général-Barbot

Rue de la Grosse-Tête : rue Paul-Perrin

Rue de l’Hermite rue : Wacquez-Glasson (une partie)

Rue des Jardins : rue Frédéric-Degeorge prolongée (elle est orthographiée Degeorges sur les documents et le plan. Le « s » a été effacé sur les plaques de rue d’aujourd’hui)

Rue de Lille : rue Roger-Salengro

Rue de Lens : voie Notre-Dame-de-Lorette

Rue de la Madeleine : rue Paul-Doumer

Rond point Méaulens : rond point de Tchécoslovaquie (Vacla-Havel)

Marché aux Moutons : jardin Minelle

Rue des Murs-Saint-Vaast : rue Albert-Premier-de-Belgique

Rue Neuve-Saint-Etienne : rue Rohart-Courtin

Petite rue Saint-Géry : rue Neuve-Saint-Géry

Rue du Polygone : n’existe plus

Chemin du Rietz : rue Alexandre-Georges

Rue Saint-Géry : rue Désiré-Delansorne

Rue des Ecoles : rue Ferdinand-Buisson

Rue Saint-Nicolas : rue Wacquez-Glasson

Carrefour Sainte-Marguerite : square Benoît-Frachon

Boulevard de la Scarpe : boulevard Robert-Schuman

Rue Terrée-de-Cité : rue Paul-Adam

Rue Thiers : rue Eugène-Pottier

Rue des Trois-Eclisses : rue Georges-Clemenceau

Place Vauban : place de Marseille

Rue Vinocq : rue Jacques-le-Caron

 

 Cette enseigne sculptée vous fera deviner une rue qui a gardé le même nom...

 

La rue de l’Avalleau est définie comme emprise sur la voie publique à aliéner (couleur rouge).

Plan général des alignements, échelle 1/1000e, 1923 (source : archives municipales)

 

 

Ce qu’il reste de la rue de l’Avalleau. La photo est prise à l’angle de la rue Doncre et de la rue des Augustines.

 

La ville nouvelle à travers les cartes postales

Les cartes postales éditées après la reconstruction dévoilent l’image que les Arrageois voulaient donner de leur ville, les lieux dont ils sont fiers. Plusieurs d’entre-elles montrent ainsi ces nouvelles rues alignées et élargies ; leurs nouvelles façades qui ont adopté le style en vogue à l’époque : l’Art déco.

 

La place du Maréchal Foch (source : Médiathèque municipale)

 

 La place du Théâtre et la rue Saint-Aubert (source : Archives départementales du Pas-de-Calais)

 

La rue Ernestale (source : Médiathèque municipale)

 

La rue Ernestale (source : Médiathèque municipale)

 

La rue Saint-Aubert et la Maison bleue (source : Adolphe Fauchois / Archives départementales du Pas-de-Calais)

 

La même carte postale, colorisée (source : collection privée)

 

 La rue Saint-Aubert (source : médiathèque municipale)

 

La rue du Commandant-Dumetz (source : Médiathèque municipale)

 

Nous voyons la marquise de La Maison Bleue, le Café de la Paix, une partie des mosaïques d’Alphonse Gentil et de François Eugène Bourdet, 2 rue du Petit Chaudron et place du Théâtre (source : Collection privée)

 

La rue Gambetta (source : Médiathèque municipale)

 

Le Monument aux Morts (source : Médiathèque municipale, photo : Marc Vaux)

Voyage en voie de 0.60

.60 désigne l’écartement de la voie, en mètre. Elle fait partie des voies étroites. Le principal intérêt de la voie étroite est de permettre des rayons de courbure restreints et, de fait, de mieux s'adapter au terrain. Cela la rend plus économique à construire et à exploiter que la voie normale : il y a moins besoin d'ouvrages d'art.

 

Les voies à usage militaire, puis pour la Grande Reconstruction

On estime que plus de 3000 kilomètres de voies de 0.60 ont été posées pendant la durée de la Première Guerre mondiale.

Chemin de fer à voie étroite britannique, près d'Arras, mai 1917. (source : albums Valois / La Contemporaine)

 

 

Chemin de fer à voie étroite britannique et corvée de travailleurs britanniques, près d'Arras, 28 juin 1917. (source : albums Valois / La Contemporaine)

 

 

Voies de 0.60 le long de la Scarpe (dernier virage avant le bassin de Méaulens). Cette voie ferrée, en provenance de la gare d’Ecoivres, passe par Maroeuil, Saint-Aubin, Sainte-Catherine, Saint-Nicolas (rue de Justice), puis longe la rivière jusque Saint-Laurent-Blangy. Cette voie sert à acheminer troupes, munitions et matériels divers. (source : Ville de Saint-Nicolas-Lez-Arras, site internet)

 

A la signature de l’armistice du 11 novembre 1918, les régions dévastées du Nord et de l’Est de la France ont immédiatement été placées sous l’autorité du Ministère des Régions Libérées dont la mission était la reconstruction et le redémarrage le plus rapidement possible de l’activité économique. Les transports de marchandises étaient la priorité de ce ministère car voies de chemin de fer et routes avaient totalement été détruites pendant la guerre. Devant la disponibilité de matériel Decauville désormais inutilisé, le Ministère des Régions Libérées a racheté aux différentes armées voies ferrées, wagons, locomotives et locotracteurs pour installer des voies à écartement de 0.60 m, souvent sur les emprises des anciennes voies à écartement normal ou métrique, ou remettre en exploitation les lignes fixes exploitées auparavant par les militaires. 1

 

« Ces reconstructions se heurtèrent à de sérieuses difficultés par suite du manque de transports qui entraînait le manque de matériaux. La Cie du Nord avait reçu en indemnité de guerre des locomotives allemandes mais celles-ci, comme les nôtres d’ailleurs, après l’effort de quatre années, nécessitaient de fréquentes réparations. Les wagons qui arrivaient à quai, chargés de matériaux, y restaient en attente, faute de camions et de chevaux. Les chevaux étaient devenus rares et les camions, d’anciens camions militaires, étaient peu nombreux et en mauvais état.

Il fallut attendre janvier 1920 pour que les Anglais nous cèdent la voie de 60 qu’ils avaient utilisée pendant les hostilités. Celle-ci fut immédiatement mise en service et 200 engins de traction et 1 200 wagonnets circulèrent bientôt sur 585 kms de rails reliant Arras à des carrières de pierre et aux briqueteries. La voie de 60 reliait également Arras à Bucquoy, Bienvillers, Barlin, Vis-en-Artois. On put même organiser le dimanche des visites aux champs de bataille.» 2

 

1 - source : http://www.beneluxmodels.net/t65-les-trains-decauville-et-la-guerre-1914-1918

2 - Docteur Georges Paris, Un Demi-siècle de vie arrageoise, 1971, p 74

 

Déblaiement Petite Place grâce à une voie étroite. (Collection Jean-Claude Leclercq)

 

Voie de 0.60, Petite Place (source : Gallica, agence Rol).

 

voie de 0.60 rue Saint-Géry (collection privée)

 

Réponse de la Ville à un courrier de l’administration des Régions Libérées demandant l’autorisation d’installer une voie de 0.60 sur des voies urbaines., 18 novembre 1920. (source : archives municipales)

 

 

Les voies à usage de transport des voyageurs

Un courrier de 1922 du Service de la voie de 0.60 conservé aux archives municipales nous apprend que ce réseau dessert dans un rayon de 22 kilomètres autour d’Arras les communes suivantes : Neuville-Vitasse, Wancourt, Vis-en-Artois, Haucourt, Dury, Récourt, Hendecourt, Cagnicourt, Villers-les-Cagnicourt, Saudemont, Rumaucourt, Ecourt-Saint-Quentin, Anzin, Maroeuil, Ecoivres, Camblain, Villers-au-Bois, Gouy-Servins, La Targette, Neuville-Saint-Vaast, Souchez, Ablain-Saint-Nazaire, Dainville, Wailly, Blairville, Ransart, Monchy-au-Bois, Bienvillers.

Ce courrier précise : « Au cours de l’année 1921, nous avons transporté 95 000 voyageurs alors que certaines lignes n’étaient ouvertes à la circulation que depuis moins de 7 mois. » Il mentionne un trafic de 1 000 000 de tonnes kilométriques par mois, argument pour solliciter la construction à la charge de la Ville d’un abri pour les voyageurs au Rietz-Saint-Sauveur.

 

Par divers courriers, nous apprenons que les voies de 0.60 occupent les axes de circulation suivants : rue du Temple, boulevard Faidherbe, route de Bapaume, rue Saint-Michel.

La Commission municipale des travaux de la voirie dans un courrier en date d’octobre 1924 après avoir examiné la situation légale de la voie de 0.60 sur le domaine communal « estime que la nécessité de de cet organisme est diminuée. »

La voie de 0.60 est supprimée en 1926.

 

Voie de 0.60, réseau du Pas-de-Calais, graphique des distances. (source : archives municipales)

 

D’Arras, on pouvait aller à Boisleux grâce aux voies de 0.60, puis de Boisleux se rendre à Marquion. Ces photos montrent les vestiges de l’ancienne ligne de chemin de fer près de Saint-Léger ; un abri pour voyageurs (ou pour le passage à niveau ?

 

 

 

La ligne 11 Bienvillers-au-Bois à Arras-Baudimont